Philippe de Villiers mise sur les européennes pour rebondir
MPF
L’ancien candidat à l’Élysée veut croire à une lassitude des électeurs UMP à l’égard de Nicolas Sarkozy.
On ne l'entend plus guère, et pourtant il est toujours là, retranché dans le bocage vendéen. À 59 ans, Philippe de Villiers n’a pas perdu espoir de compter dans le débat politique national et de tourner la page de son échec à la présidentielle de 2007, où il avait obtenu 2,23 %. L’homme est devenu plus grave et moins joueur. « Je n’ai plus d’ego, assure-t-il d’une voix calme. J’ai fait le tour de beaucoup de choses. »
Un pied dans la majorité présidentielle, un pied en dehors : Villiers est-il l’opposant de sa majesté, condamné à jouer les supplétifs de Nicolas Sarkozy sans peser sur ses choix, comme l’affirment Jean-Marie Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ? Le président du conseil général de Vendée – il a été réélu dans un fauteuil en mars dernier – ne s’agace plus de cette accusation. « Je ne transige pas sur mes idées, répond-il d’une voix un peu lasse. La tentation permanente de Nicolas Sarkozy, c’est de verser à gauche. À cet égard, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. »
Mais le président du Mouvement pour la France – son petit parti, qui compte sept parlementaires – est conscient de rester vulnérable en cas de mesures de rétorsion de Sarkozy, et se garde de l’attaquer de front. « Mes relations avec le président sont amicales, assure-t-il. Ça n’empêche pas les divergences sur des questions essentielles. » Le créateur du Puy-du-Fou voit ainsi dans la suppression un moment envisagée des cantons et dans la libéralisation tentée du travail dominical « la volonté de faire disparaître les rares attachements vitaux et repères ancestraux qui restent encore aux Français » au nom d’une « idéologie de nomades ».
Le chef de l’État a convié Villiers à déjeuner à l’Élysée avant les fêtes. Songe-t-il à lui proposer le ministère de la Défense en cas de grand remaniement pour envoyer un signal à l’aile droite de l’électorat UMP, irrité par l’ouverture à gauche ? « Je ne serai jamais un politicien soumis. Je n’ai pas envie de faire quelque chose qui ne m’intéresse pas » , répond Villiers, qui prévient : « Si j’étais membre du gouvernement, lors des conseils des ministres, j’interviendrais sur toutes les questions importantes, qu’elles soient de mon ressort ou non. »
Décrocher la timbale
De temps en temps, le Vendéen se départit de sa prudence à l’égard de l’Élysée. L’été dernier, dans une allusion transparente à Sarkozy, il soulignait que la libération d’Ingrid Betancourt était due « au courage, au sens de l’honneur et à la détermination » du président de la Colombie, Alvaro Uribe, et non aux « compromissions » qui ont « pitoyablement échoué ». Et, peu après, il s’indignait qu’aucun ministre français ne se soit rendu, comme il l’a fait, aux obsèques d’Alexandre Soljenitsyne.
Le créateur du Puy-du-Fou se sent malgré tout étranger à une époque où, selon lui, « il n’y a plus de politique, il n’y a que du médiatique. Les gens jugent d’après les apparences et pensent : “Sarkozy ne va pas tout réussir, mais quand même, qu’est-ce qu’il se démène ! » L’espoir reste pourtant le plus fort. Le créateur du Puy-du-Fou finit par secouer sa lassitude. Il affûte ses arguments pour la campagne des européennes. Et se prend à rêver de décrocher enfin la timbale.
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