Mardi 30 juin 2009

Chers amis,

Quelques jours pour laisser décanter, quelques jours supplémentaires pour digérer, et quelques jours encore pour analyser : vous comprendrez qu'après plusieurs semaines de course effrénée aux quatre coins de notre immense circonscription et ce résultat décevant bien qu'honorable, un délai de méditation s'impose.

Pour l'essentiel, Philippe a bien résumé dimanche 7 juin sur TF1 ce qu'il faut comprendre après ces résultats : les listes UMP ont profité à plein de la stratégie du coucou (comme en 2007) mise en pratique par le Président de la République (discours protectionniste, anti-Bruxelles et "non" à la Turquie...) et que nous sentions venir dès le début de la présidence française de l'Union européenne en juillet 2008, tandis qu'"Europe écologie" a bénéficié d'un vote d'émotion et de mode (film "Home", hyper complaisance médiatique etc.) hélas révélateur de la "société Cohn-Bendit" aux valeurs périmées.

Au-delà et bien que nous n'en ayons pas "profité" électoralement, ce scrutin européen condamne un peu plus l'Europe telle qu'elle est (1) et c'est bien nous, autour de Philippe et Frédéric, qui restons investis de cette mission de vérité contre l'union des illusionnistes (2).


1) L'Europe fédérale condamnée

 
Beaucoup ont dit, pour justifier ou expliquer l'absence de campagne, que l'Europe n'intéresserait pas les Français. La situation est en réalité plus grave que cela : ils semblent désormais la rejeter en bloc.
Souvenons-nous de la formidable expérience civique du référendum de 2005 : les Français s'étaient massivement rendus aux urnes, après un débat long et intense sur l'enjeu européen dont ils ont saisi l'ampleur à travers des thèmes que Philippe de Villiers avait imposé un à un au débat référendaire : les institutions (union d'Etats ou super-Etat ?), la Turquie (qu'est-ce-que être "Européen"?) et le projet économique (illustré par la directive Bolkestein et les délocalisations).

Tout en déplorant à juste titre l'illisibilité croissante du pouvoir (accélérée par l'intégration européenne) et celle du texte qu'il leur était soumis, les électeurs ne s'étaient pas résignés, ils avaient "pris l'Europe en main" au cours de cette campagne et voté en masse le 29 mai 2005.
Alors pourquoi se sont-ils emparés de la grande affaire européenne en 2005, et pas en 2009 ?
Et pourquoi ceux qui se sont finalement déplacés se sont réfugiés dans un vote thématique hyper-consensuel (l'écologie) alors que le problème n°1 est aujourd'hui la récession et le chômage et que les institutions européennes ont des compétences larges et fortes dans à peu près tous les domaines, pas seulement l'environnement

Ce taux record d'abstention, comme l'explosion du vote émotionnel "écolo" sont en réalité un coup sévère porté à la légitimité même du Parlement européen, voire à l'ensemble des institutions européennes actuelles et à leurs capacités à répondre aux défis, à commencer par la crise à laquelle elles ne sont d'ailleurs pas étrangères.

Replacés dans la perspective des dernières consultations européennes, ces résultats du 7 juin ne peuvent se lire que comme un rejet de ce système européen là. Une Europe qui n'a pas écouté leur vote de 2005. Une Europe qui ne les a pas protégés de la crise. Une Europe qui ne serait plus bonne qu'à défendre les petits oiseaux. Une Europe fédérale qui paraît en définitive condamnée, confirmant là l'intuition tout récemment exprimée par Dominique de Villepin. Cette faillite de légitimité ne dissuadera toutefois pas les fédéralistes à tenter de forcer l'achèvement des ratifications du traité de Lisbonne.

En tous cas, UMP et Ecolos peuvent bien parader d'avoir réussi à faire main basse sur la plupart des sièges d'eurodéputés : leur Europe, rejetée en 2005, a encore perdu dimanche de son peu de légitimité démocratique.

 

2) Nous restons la voix de la vérité contre l'union des illusionnistes

Les deux vainqueurs apparents sont en outre dans une impasse politique majeure : jamais avec les institutions actuelles et à 27 ils ne pourront appliquer leurs engagements de campagne et ils le savent. L'UMP et Nicolas Sarkozy n'oseront pas renoncer aux traités actuels qui bannissent la préférence communautaire nécessaire pour lutter contre les délocalisations, ni ne poseront davantage demain qu'hier le veto de la France à l'ouverture de chapitres de négociation avec la Turquie ou aux subventions de préadhésion (revoir notre vidéo). L'Europe de la secte verte quant à elle, connaîtra le même sort que "l'Europe sociale" utopique que prêchaient les socialistes.

Enfin, il n'y a aucune raison pour que change l'atmosphère de faux-semblants et de vraie connivence que nous avons dénoncée tout au long de cette campagne, qui a visiblement coûté davantage au PS qu'à l'UMP, et qu'il rappelle avec effroi celle des années 30 décrite par March Bloch dans "l'Etrange défaite" : « Prisonniers de dogmes qu'ils savaient périmés, de programmes qu'ils avaient renoncé à réaliser, les grands partis unissent, fallacieusement, des hommes qui, sur les grands problèmes du moment – on le vit bien après Munich, s'étaient formés les opinions les plus opposées. Ils en séparaient d'autres qui pensaient exactement de même. » Sommes nous en 1938 ? 

La faillite démocratique actuelle, qui en suit et précède bien d'autres (culturelle, économique...), qui la frappe de plein fouet ne doit pas dispenser la famille souverainiste de faire son bilan critique, même si en ce qui nous concerne, nous pouvons être en tous les cas fiers d'avoir mené cette campagne de vérité dans les yeux des Français et de l'avoir fait, nous, dans une stratégie de rassemblement (MPF-CPNT) et de néanmoins respect à l'égard de ceux qui l'ont refusée.

 

3- Qu'allons-nous faire maintenant ?

Reconstituer nos forces et repartir au combat. Continuer à résister et à jouer notre rôle de vigie du peuple.  Avec Philippe de Villiers, Christophe Beaudoin, Frédéric Nihous, avec nos amis et futurs alliés au Parlement européen, sachez que nous travaillons depuis lundi à la (re)constitution d'un groupe politique sur la base de notre groupe actuel Indépendance et Démocratie, perspective qui s'annonce bien.

L'Observatoire de l'Europe que dirige avec compétence et talents  Christophe Beaudoin (et qui a dépassé les 20.000 visiteurs en mai...), continuera son travail d'information, d'analyse et d'alerte, sans la moindre concession à l'égard des marchands de promesse fraîchement élus. N'hesitez pas à faire remonter les oinformations locales pour enrichir cette source.

Je veux terminer ce message de "post-campagne" par ce qui était son objet initial, en remerciant, celles et ceux - militants, sympathisants, équipe du siège de campagne, amis, famille - qui nous ont soutenus, encouragés, aidés et accompagnés, sans flancher, jusqu'au terme de cette bataille.

"Rien ne se perd jamais !" comme disait Charette à son vainqueur et nos adversaires pourront constater que nous sommes toujours debout.

Combattus nous le seront souvent, battus nous l'avons été. Abattus nous ne le serons jamais.
Puisque nous sommes debout, faisons donc en sorte de rester unis.

Très cordialement à tous,

Patrick LOUIS
Sécrétaire Général du MPF

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