Européennes : sondage IPSOS
Philippe de Villiers est crédité de 8 %
LE MONDE - (31/10/08) Après l'ouverture à gauche, l'ouverture à droite ? Nicolas Sarkozy a convié lundi 27 octobre dans la plus grande discrétion, à l'Elysée, Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF). Premières manoeuvres de séduction à l'approche de la campagne pour les élections européennes du 7 juin 2009, dont le chef de l'Etat compte régler le moindre détail. L'UMP craint la concurrence ravageuse du leader souverainiste (6,7 % des voix en 2004 et 13,1 % en 1999, devant la liste conduite par M. Sarkozy, humilié avec 12,8 %).
Le chef de l'Etat dispose d'une marge de manoeuvre limitée : le leader souverainiste ne demande rien, pas même un strapontin ministériel, et entend mener sa bataille des européennes, allié au héraut du non irlandais Declan Ganley. M. de Villiers est arrivé à l'Elysée fort d'un sondage Ipsos qui le crédite de près de 8 % des voix (22 au 23 septembre, 1 003 personnes). "Je n'ai jamais eu un tel score de départ. Avec cela, on passe sans problème la barre des 10 %", se réjouit l'intéressé, ravi du jugement négatif des Français sur tous les domaines d'action de l'Europe (croissance, chômage, délocalisation, agriculture et pêche, immigration) à l'exception de l'environnement (Ipsos). "On est passé d'une période de sourde hostilité à une période d'hostilité farouche", estime M. de Villiers.
Pour éviter que ses électeurs fuient chez les centristes, européens historiques, ou chez les souverainistes, l'UMP espère que M. de Villiers renoncera à se présenter dans les régions où il n'est certain d'avoir des élus, comme en Ile-de-France. Même tactique vis-à-vis du Nouveau Centre, qui serait dissuadé de partir sous ses propres couleurs, à l'exception de la région Normandie-Nord, fief du ministre de la défense, Hervé Morin. A gauche, le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a été approché. On songe à lui pour la liste en Ile-de-France. "Je n'ai pas du tout l'intention d'aller au Parlement européen. Battre les estrades, je ne suis pas le mieux à même de le faire. Il y a d'autres manières de servir", tranche M. Jouyet.
Au-delà des alliances et débauchages incertains, M. Sarkozy compte s'appuyer sur l'élan de sa présidence européenne. "La donne a changé. Jusqu'à présent, l'Europe inquiétait. Avec la crise financière, le sentiment que l'Europe protège progresse", analyse Brice Hortefeux, chargé des élections à l'UMP. A TNS-Sofres, Brice Teinturier est dubitatif : "Si l'Europe a un visage, une position commune, cela ne suffit pas à lui redonner de la légitimité. Tant que la crise n'est pas finie, on peut dénoncer son impuissance." L'Elysée compte mener l'offensive sur quatre axes : l'environnement, pour contrer la mouvance verte de Daniel Cohn-Bendit ; le gouvernement économique, thème cher aux socialistes ; l'Europe politique, pour se réconcilier avec la France souverainiste ; l'Europe dans les régions pour démontrer les vertus concrètes de l'UE.
DES NOUVEAUX VISAGES
M. Sarkozy veut choisir lui-même les personnalités éligibles, avec un double objectif : afficher de nouveaux visages comme la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade, mise sous pression croissante pour mener la bataille en Ile-de-France ; envoyer des vétérans susceptibles d'obtenir des postes stratégiques au Parlement, comme l'ex-commissaire européen Michel Barnier (tête de liste dans le Sud-Est), Joseph Daul (Est), actuel président du groupe du Parti populaire européen (PPE) à Strasbourg, voire Alain Lamassoure (Sud-Ouest).
La bataille sera rude. Ipsos crédite l'UMP et le PS respectivement de 22,5 % et 21,5 % des voix, suivis de François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit (11 et 10,5 %). Viennent ensuite Olivier Besancenot (8,5), Philippe de Villiers (8 % ou 6,5 % selon que Nicolas Dupont-Aignan se présente ou non) et le Front national (6 %). L'UMP a pour consolation de partir d'un score très bas : 16,6 % en 2004 alors que le PS avait triomphé avec 28,9 %.
"Le haut niveau du PS de 2004 va le faire apparaître comme le perdant de l'élection, du fait de la concurrence de Daniel Cohn-Bendit, François Bayrou et Olivier Besancenot", veut croire le politologue Patrick Buisson, conseiller officieux de Nicolas Sarkozy.
Arnaud Leparmentier
Article paru dans l'édition du 01.11.08